Dix mois à ne penser qu’à ça... Dix mois à s’entraîner... C’est dix mois à allier la famille, le travail et la passion avec un grand « P ».
L’avion se pose sur la piste de Agadez le 27 novembre vers 13 heures. Je suis vite dans l’ambiance à l’ouverture des portes. Les 27° de températures contrastent avec les quelques 5° du départ à Paris.
Et c’est parti pour deux semaines de « vacances » !!!
Le Niger que je ne connais pas m’ouvre ses portes...
Après notre repas pris en commun dans un restaurant local, nous prenons place chacun dans les 4x4 de l’organisation. Bachir sera mon chauffeur durant ces deux jours et demi de voyage pour rallier Bilma à 610 kms.....
J’ai pris place avec Pierre Gagnière, Cyril Ennequin ainsi que Jérome Teurtrie.
Le premier bivouac se fera à 80 Kms et à la nuit tombante, aux bords de rochers, afin de s’abriter du vent et bien sûr du froid de la nuit.
Nous prenons tous le repas autour d’un feu, le tout préparé par nos amis touaregs que je découvre animés d’une extrême gentillesse.
Vers 22h00 je me plonge dans mon sac de couchage pour passer ma première nuit à la belle étoile dans ce désert du Niger. Ce sera mon premier moment magique pour lesquels je me dit que j’ai bien fait de me lancer ce défit.
Deux journées entières de 4x4 suivront dans ce sable si mou. Deux journées entières à voir défiler 600 kilomètres de pistes que je devrai parcourir, à pied, en courant et en sens inverse !! A ce moment je prends conscience des nombreuses difficultés qui m’attendent non sans une certaine excitation et une impatience de prendre le départ.
Nous arrivons à l’oasis de Bilma le mercredi 29 novembre en milieu d’après midi. Ca y est enfin je vais pouvoir me reposer....
Le soir venu, je choisis de faire comme certains du groupe. Prendre mes sacs de « barouds », mon sac de couchage et me mettre à l’écart du campement. Au pied d’une dune, dans un silence extrême, je m’endors serein et heureux en contemplant cette magnifique sphère étoilée qu’aucune lumière extérieure ne vient polluer. La nature à l’état pure !
Au matin le soleil se lève sur la dernière journée avant le départ.
Ce sera l’occasion de régler les derniers détails : Enregistrements des points dans le GPS, préparations des drop bag (sacs préparés par nos soins et déposés par l’organisation sur les CP de ravitaillements selon notre choix), contrôle des téléphones satellitaires mis à disposition par l’organisateur pour notre sécurité en cas de besoin.
Et bien sûr la préparation du sac à dos rempli du matériel obligatoire ainsi que de l’eau et du minimum en denrées alimentaires (barres de céréales, gel énergétiques etc.….). Dernière visite de contrôle et entretien avec les médecins.
Tous les concurrents sont concentrés et nerveux à l’idée de prendre le départ de cette course de 610 Kms dans le désert du Ténéré.
27 ravitaillements, appelés CP, sont prévus et seront mis en place par nos amis les touaregs. Ils seront tous distants d’environ 22 Kms.
Je m’endors comme ces jours derniers la tête dans les étoiles et en pensant aux personnes qui me sont chères et que j’ai laissé derrière moi !
C’est le jour « J ».
Je me réveille vers 05h30 après avoir mal dormi ! Normal, la veille d’un tel départ. Je me force à bien déjeuner malgré le manque d’appétit.
Une heure sera nécessaire à ma préparation (soins des pieds, contrôle de mon sac à dos, dernière concentration et dernières minutes de méditation pour me rassurer !!!)
Nous voila tous réunis, nous les 28 fous, autour de Alain Gestin, l’organisateur.
Le dernier « briefing » sera suivi d’une minute de silence pour toutes les personnes disparues et auxquelles on aurait envie de penser. Grand moment de communion du groupe tout entier.
Cinq, Quatre, Trois, Deux, Un !!! Il est exactement 08h15’ et c’est parti !
Dix mois que j’attends ces premières foulées... Dix mois que je m’entraîne en pensant uniquement à ce moment du départ et en imaginant une ligne d’arrivée tracée à Agadez... Dix mois à rêver parcourir 610 kilomètres de sable non stop... Dix mois à espérer réussir ce qui ne s’est jamais fait et qui sera, pour nous tous participants, une première...
Comme par magie, le stress de ces dernières semaines est loin. Place au cris, applaudissements, et rires de chacun. Sans oublier les encouragements chaleureux des membres de l’organisation, des bénévoles, des touaregs, et du « staff » médical.
Il fait déjà 20° mais j’ai pris soin, avant le départ, de bien m’hydrater. Ce sera très important tout au long de cette course...
Devant, les premiers partent très vite !!! Au cours du premier kilomètre je termine les derniers réglages de mon sac à dos qui avait tendance à trop bouger. Chaque petit détail est très important. Je sais que je suis parti pour plusieurs jours d’une progression non stop et la plus rapide possible.
Je suis concentré et serein. Placé en 10ème position, j’avance en direction du CP numéro 1 (situé à 21 Kms du départ).
Vers 11 heures j’arrive au CP 1 (22,5ème Kms). Il fait de plus en plus chaud !!
J’en profite pour me mettre à l’ombre du 4X4, remplir mon camel-back ainsi qu’une bouteille d’eau. Pour l’instant tout va bien !! Heureusement !! .Alain Gestin me demande si tout est « ok » et je repars très vite.
Devant moi, à perte de vue, du sable et toujours du sable !!. Les dunes sont magnifiques mais le soleil au zénith brûle ! Je sens bien qu’il fait une quarantaine de degrés. Je bois régulièrement en alternant eau et boisson énergétique...
A ce moment de la course je suis encore en compagnie de certains concurrents, notamment Patrice Fayol et Gérard Cain.
Vers 15h15 j’arrive au CP2. J’ai parcouru 45 kilomètres et je commence à sentir la fatigue due à la chaleur. J’avais fait mettre à cet endroit un drop bag dans lequel je récupères poudre énergétique et barres de céréales. Dix minutes me seront nécessaires pour récupérer... Je signe la feuille de départ du CP. Je contrôle que mon GPS m’indique bien la direction du prochain point de ravitaillement et je pars malheureusement avec une gêne intestinale.
Je progresse toujours dans le sable mais je ne suis pas du tout rassuré. J’ai de plus en plus mal au ventre et une envie de vomir. Et « merde » !! Ça commence mal !! Au moment de manger une barre énergétique je renvois tout ! C’est couché à même le sol que je vomis tout et tout ce que je n’ai pas ! « Excusez des détails ! ». La raison est sûrement d’avoir mangé, la veille, une salade en boite pas très fraîche ! Je suis vraiment mal.
Heureusement, connaissant les risques sur de telles aventures, j’avais avec moi du « smecta ». J’en prendrai plusieurs fois, mais pendant 24 heures, je ne pourrai ni manger ni boire beaucoup d’eau. La première nuit sera très dure... Je n’ai pas de « jus » et je doute ! Plusieurs fois je tombe même sur la piste avec l’intention d’abandonner.
J’arrive au CP3 (65,5 Kms) à 19h04 en 11ème position ! Il fait déjà nuit et c’est bien de profiter de la fraîcheur. Allongé sous la tente je fais part aux touaregs de mes problèmes... Très gentiment ils me proposent plusieurs fois de manger de la salade ! oh non !! Ou des raviolis !! Je ne pourrai boire qu’un peu de thé. Dommage je ne le garderai pas dans l’estomac. Sur le parcours en direction du CP 4 la galère continue...
En arrivant au CP5 (110èmekms) à 09 heures, je me demande encore comment j’ai pu, dans le froid, dans ce sable si mou arriver jusqu’ici... Je dois absolument me forcer à manger pour reprendre des forces. Hourra !! J’arrive à avaler du thé et du pain.
Fatigué mais heureux d’aller mieux le moral revient vite et le mental avec. Je n’ai pas encore dormi, je décide toutefois de continuer après 45 minutes de repos...
555+ au Niger en 2006 (2/4)
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